La cession d’une entreprise est un moment charnière dans la vie d’un dirigeant. Sur le plan financier, elle est souvent synonyme d’une lourde fiscalité frappant la plus-value réalisée. Pourtant, le législateur a prévu un mécanisme redoutable d’optimisation patrimoniale : le dispositif apport-cession, régi par l’article 150-0 B ter du Code Général des Impôts (CGI).
Ce dispositif permet à un entrepreneur de placer la plus-value de cession sous un régime de report d’imposition, à condition de structurer l’opération via une société holding et de respecter des règles strictes de réinvestissement dans l’économie réelle. Quels sont les actifs éligibles ? Quel est le délai pour réinvestir le produit de cession ? Comment éviter l’expiration du report d’imposition à la lumière des nouveautés de la loi de finances 2026 ?
Dans ce guide complet et pédagogique, nous décryptons le fonctionnement du mécanisme apport-cession, les activités éligibles, et les stratégies pour optimiser votre transmission patrimoniale tout en maîtrisant votre fiscalité.
Qu’est-ce que l’article 150-0 B ter et le mécanisme de l’Apport-Cession ?
Définition et cadre légal
L’article 150-0 B ter du CGI régit le report d’imposition de la plus-value lors de l’apport de titres à une société contrôlée par l’apporteur. Concrètement, au lieu de vendre directement les titres de sa société opérationnelle à un acheteur (ce qui déclencherait une imposition de la plus-value immédiate à la Flat Tax de 30 %), le dirigeant réalise d’abord un apport de titres (les titres apportés) à une société bénéficiaire de l’apport (une holding qu’il a préalablement créée et qu’il contrôle).
En échange de cet apport, le dirigeant reçoit des titres de sa propre holding (les titres reçus en rémunération de l’apport ou titres reçus en rémunération). À ce stade, une plus-value d’échange est constatée, mais grâce au CGI art 150-0 B ter, elle bénéficie automatiquement d’un report d’imposition. Vous ne payez aucun impôt au moment de l’apport.
La cession par la holding
L’étape suivante est la cession des titres. C’est la société bénéficiaire (la holding) qui procède à la cession à titre onéreux des titres de la société opérationnelle à l’acheteur final. Puisque la holding revend les titres au même prix (ou presque) que celui auquel ils ont été évalués lors de l’apport, la holding ne réalise aucune plus-value (ou une plus-value minime). L’argent de la vente (le produit de cession) atterrit dans les caisses de la holding, net de frottement fiscal.
Fonctionnement du réinvestissement et maintien du report d’imposition
Le législateur accorde ce cadeau fiscal à une condition stricte : l’argent ne doit pas dormir. Il doit servir à irriguer le tissu économique. La règle diffère selon le delai qui sépare l’apport de la revente.
1. Si la holding cède les titres plus de 3 ans après l’apport
Si la holding cède les titres à l’acheteur final plus de 3 ans après avoir reçu les titres apportés, le report d’imposition maintenu est acquis définitivement, sans aucune condition légale de réinvestissement. Le produit de cession reste dans la holding pour être géré librement (hors abus de droit).
2. Si la holding cède les titres moins de 3 ans après l’apport
C’est le cas le plus fréquent. L’entrepreneur réalise l’apport juste avant la vente. Lorsque la cession des titres par la holding intervient moins de 3 ans après l’apport, le maintien du report d’imposition de la plus-value est subordonné à l’obligation de réinvestir le produit de cession à hauteur de 60 % minimum.
Ce réinvestissement doit intervenir dans un délai maximum de 2 ans à compter de la cession. À défaut, l’expiration du report est prononcée, entraînant l’imposition de la plus-value immédiate sur la tête du dirigeant, assortie de pénalités de retard.

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Conditions et formalismes du réinvestissement économique
Pour sécuriser votre montage, les fonds doivent être orientés vers des actifs éligibles définis par l’administration fiscale. Le Bulletin Officiel des Impôts (BOI-RPPM-PVBMI) détaille rigoureusement ces règles.
Les activités éligibles
Le remploi des 60 % doit financer une activité économique réelle. Sont concernées les activités de nature commerciale, industrielle, agricole, artisanale, libérale ou financière (bien que les activités de nature purement financière ou de gestion de patrimoine immobilier soient formellement exclues des activités éligibles).
Comment réinvestir ? (Les supports éligibles)
L’investissement du produit de cession peut prendre plusieurs formes :
- L’investissement direct : La holding rachète une entreprise opérationnelle (acquisition d’une majorité de contrôle) ou achète des actifs professionnels directs.
- La souscription au capital d’une PME : La holding participe au capital initial ou à une augmentation de capital d’une PME opérationnelle (financement du capital initial ou de l’augmentation de capital de la société cible).
- Le Capital Investissement (Private Equity) : Le réinvestissement peut se faire via des fonds spécialisés en capital investissement (FCPR, FPCI, SCR). La holding souscrit des parts de ces sociétés de capital-risque qui se chargent ensuite d’investir dans un vivier de PME éligibles. C’est la solution la plus prisée par les dirigeants qui ne souhaitent pas racheter et diriger eux-mêmes une nouvelle entreprise.
Dans tous les cas, les titres de la société acquis en remploi doivent être conservés par la holding pendant une durée minimale de 12 mois.
Avantages Fiscaux et Patrimoniaux du Dispositif
Le mécanisme d’apport-cession est le pilier de l’ingénierie patrimoniale des chefs d’entreprise, car il offre des bénéfices inégalés :
- Un effet de levier massif : En évitant la taxation immédiate à 30 % (Flat Tax), le dirigeant dispose de 100 % du produit de cession au sein de sa holding pour investir, générer de nouveaux revenus et diversifier son patrimoine, contre seulement 70 % s’il avait vendu en direct.
- La préparation de la transmission : Le report d’imposition est transmis aux héritiers en cas de décès de l’apporteur, et sous certaines conditions, la plus-value en report est définitivement purgée (effacée) lors du décès.
- La perception de revenus réguliers : Les 40 % restants (non soumis à l’obligation de réinvestissement économique) peuvent être placés librement par la holding dans des supports financiers classiques (Contrat de capitalisation, ETF, SCPI) pour générer des flux de trésorerie.
- Contrôle conservé : Les titres holding reçus lors de l’apport permettent au dirigeant de garder le contrôle total sur la gestion de son patrimoine.
Évolutions prévues pour 2026 et leurs impacts
L’environnement fiscal est mouvant. Avec la loi de finances pour 2026, l’administration fiscale resserre sa doctrine sur les sociétés éligibles afin de s’assurer que les fonds irriguent véritablement l’économie productive. Ce qui évolue (ou est anticipé) en 2026 :
- Renforcement des critères ESG : Les fonds de capital investissement éligibles au dispositif doivent de plus en plus justifier d’un impact écologique et social. Certains fonds purement financiers risquent de perdre leur éligibilité.
- Allongement des durées de détention : Les discussions parlementaires autour de la loi de finances envisagent un allongement de la durée de conservation des titres de la société acquis en remploi au-delà de 12 mois pour lutter contre les réinvestissements d’aubaine de trop courte durée.
- Vigilance sur le « Holding Cède Titres » : L’administration contrôle avec une acuité renforcée la réalité de la société bénéficiaire, s’assurant qu’elle n’est pas une coquille vide mais qu’elle joue un véritable rôle de holding animatrice ou d’investissement. Le respect scrupuleux du maintien du report d’imposition et des quotas à l’expiration du report d’imposition n’a jamais été aussi contrôlé.
Exemples concrets d’application et cas pratiques
Étude de cas : Cession d’une entreprise tech valorisée 2 Millions €
Scénario A : La cession directe (sans l’Article 150-0 B ter)
- Prix de cession : 2 000 000 €.
- Capital de départ : 10 000 €.
- Plus-value : 1 990 000 €.
- Impôt immédiat (Flat tax 30 %) : ~ 597 000 €.
- Net restant pour l’entrepreneur : 1 403 000 €.
Scénario B : Avec le dispositif d’Apport-Cession
- Le dirigeant apporte ses actions à sa Holding. Plus-value en report d’imposition : 1 990 000 €. Impôt payé : 0 €.
- La holding vend l’entreprise à l’acheteur pour 2 000 000 €.
- Net restant dans la holding : 2 000 000 €. L’entrepreneur bénéficie de près de 600 000 € supplémentaires pour investir !
- Obligation : La holding doit réinvestir 1 200 000 € (60 %) dans des PME ou des fonds d’investissement (FCPR) sous 2 ans.
- Liberté : Les 800 000 € restants (40 %) sont placés librement par la holding (SCPI, assurance-vie pour personne morale).
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Questions fréquentes
Article 150-0 B TER
Qu’est-ce que l’article 150-0 B ter et à qui s’adresse-t-il ?
C’est un dispositif du Code Général des Impôts (CGI) qui permet de différer la taxation de la plus-value réalisée lors de l’apport de titres d’une société à une holding soumise à l’IS. Il s’adresse aux chefs d’entreprise et actionnaires qui souhaitent vendre leur société sans subir une ponction fiscale immédiate de 30 %, afin de réinvestir les fonds.
Comment fonctionne le report d’imposition dans le cadre de l’apport-cession ?
Au moment de l’apport des titres à la holding, la plus-value est calculée et déclarée, mais son imposition est mise en attente (le report d’imposition). L’impôt ne sera dû que si le bénéficiaire vend ses titres de holding, s’il distribue le capital, ou si la holding ne respecte pas les conditions de réinvestissement en cas de revente de la filiale dans les 3 ans.
Quelles sont les conditions pour bénéficier du dispositif ?
L’apporteur doit contrôler la société bénéficiaire de l’apport (la holding). La holding doit être soumise à l’Impôt sur les Sociétés (IS). Enfin, en cas de cession de la filiale dans les 3 ans suivant l’apport, la holding doit réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans une activité économique éligible dans un délai de 24 mois.
Quels sont les avantages fiscaux et patrimoniaux ?
L’avantage principal est de conserver l’intégralité du produit de cession pour le faire fructifier (effet de levier). Cela facilite les rachats d’entreprises ultérieurs, permet de percevoir des revenus complémentaires via la holding, et autorise une transmission transgénérationnelle optimisée (la plus-value en report s’effaçant lors du décès).
Quelles sont les formalités à respecter pour le réinvestissement ?
Le réinvestissement doit se faire dans des actifs éligibles : soit directement par l’acquisition du contrôle d’une société opérationnelle, soit par la souscription au capital d’une PME, soit via des fonds de capital investissement (FCPR, FPCI) répondant à des quotas précis. L’engagement de réinvestissement doit être scrupuleusement documenté, et les titres reçus (les parts des fonds ou actions) doivent être conservés au moins 12 mois.
Quelles sont les nouveautés ou changements attendus en 2026 ?
La loi de finances encadre de plus en plus strictement la nature des réinvestissements éligibles. Une attention particulière est portée aux fonds de Private Equity qui doivent prouver leur impact réel sur l’économie productive (financement direct des PME, respect des normes ESG). Les contournements via des structures purement financières ou immobilières patrimoniales sont formellement sanctionnés.
Comment optimiser la cession de son entreprise avec ce dispositif ?
L’anticipation est la clé. Le mécanisme d’apport-cession doit impérativement être réalisé avant la signature d’un accord ferme de vente de l’entreprise. Il faut créer la holding en amont, procéder à l’apport des titres, puis signer la cession depuis la holding. Ensuite, déléguer le réinvestissement des 60 % à des fonds FCPR dédiés au 150-0 B ter permet de respecter la loi sans les risques de l’entrepreneuriat direct.

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